Les Portraits du Faubourg

Richard Avedon et le portrait

Hier j’écoutais l’émission de radio de France Culture « Une vie, une oeuvre » sur le célèbre portraitiste américain Richard Avedon, décédé en 2004. L’émission évoquait une anecdote particulièrement intéressante sur la psychologie du portrait. Je précise d’emblée qu’Avedon reste pour moi le plus grand portraitiste de tous les temps. Il était reconnu pour sa maîtrise du portrait et pour bousculer dans ses retranchements la personne qu’il avait en face de son appareil. C’était un maitre dans son genre, tout comme Irving Penn.


Lors d’une rencontre avec l’artiste, une femme qu’Avedon avait portraituré quelques années auparavant et qui trouvait sa photographie atroce, lui demanda pourquoi il avait fait un tel portrait. La réponse d’Avedon fut celle-ci : « Tu ne peux pas dire que tu n’as pas participé à ce portrait. Tu étais là avec ton attitude et tes vêtements. Mais il faut que tu acceptes que c’est moi qui ait le contrôle. Je peux choisir d’attraper ton sourire, je peux choisir d’attraper ta tristesse, je peux truquer la photo, je peux exagérer quelque chose mais je ne peux pas le faire sans toi. » 


Et de poursuivre à propos de son fameux travail « In the American West » dans lequel il portraiture des paumés, des petites gens du Midwest et des zones rurales, il continue en disant « Ma photographie n’est ni du reportage, ni du journalisme, ni de la fiction. En choisissant d’aller photographier les classes populaires de l’ouest américain, je donnais mon point de vue. De la même façon que John Wayne, c’est le point de vue d’Hollywood. »


Tout est dit.


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Des portraits de famille depuis le trottoir


Comment faire des portraits de familles compte-tenu des mesures de distanciation sociale ? Au delà de la période actuelle que l’on vit, la famille peut apparaître comme un refuge, “une valeur sure” en quelque sorte. Avec le télé-travail qui s’instaure et l’école à la maison, la famille se retrouve sous le même toit en permanence, toute la journée. Dans le même temps, mon agence de presse cherchait des sujets “positifs”. J’ai donc profité de l’occasion pour faire une série de portraits à distance de familles confinées.

J’ai choisi la rue Gounod près de mon studio, car elle a la particularité de rassembler des maisons toutes différentes, avec un jardinet sur le devant ce qui me donnait un peu de recul. J’ai donc portraitisé les familles de ces habitations selon le même dispositif ; sur le perron ou à proximité immédiate de leur porte d’entrée. Je pouvais ainsi les photographier depuis la rue, en respectant les mesures de distanciation sociale. J’ai bien conscience que le confinement peut être vécu de façon différente selon l’endroit où l’on habite et le type de logement. Mon objectif n’est cependant pas de dresser une image exhaustive du confinement.

Finalement, c’est un bon moyen de montrer que le portrait posé n’est jamais anodin. La posture, le positionnement par rapport aux autres membres de la famille, les expressions, les tenues, tous ces éléments racontent un tant soit peu ces personnages… 


Poser face à l’objectif

Parfois, avant de démarrer la séance de prise de vue, les clients me disent qu’ils ne savent pas poser. Je leur réponds que dans un studio, on fait essentiellement des photos posées. Mais bien vite, je les rassure ! Et oui, une séance de portraits notamment en studio, suppose que vous avez bien conscience d’être photographié(e) et que nous ne sommes pas en reportage où vous pourriez être photographié(e) à votre insu. En tant que photographe, je suis beaucoup plus à l’aise sur des portraits posés que des images volées. Le fait d’avoir conscience d’être photographié(e) engendre un rapport beaucoup plus fort avec le photographe. Et c’est ce qui m’intéresse dans le portrait. 

Alors oui, c’est vrai qu’il faut parfois poser. Mais l’intérêt est de chercher à vous faire poser naturellement. Cela peut sembler paradoxal mais c’est tout à fait possible ! Et c’est d’ailleurs un savoir-faire requis pour être photographe portraitiste aussi important que la technique d’éclairage par exemple. Mon travail consiste à vous mettre à l’aise, à vous sentir décomplexé(e) si c’est nécessaire, à vous expliquer que la photogénie n’a rien à voir avec la plastique corporelle mais uniquement avec le fait d’être à l’aise avec son image. Et la pose renvoie inconsciemment à la pose des modèles en peinture. Ces derniers doivent garder la pose durant plusieurs heures. A contrario, une séance de prise de vue en studio que ce soit pour un portrait professionnel ou personnel peut être dynamique et se faire dans la bonne humeur. Un portrait se réalise à deux. Ce n’est jamais uniquement le travail du photographe, ni de celui ou celle qui pose. 


Venez au studio, on discutera de votre projet autour d’un café ou d’un thé. Et si vous pensez, vous aussi que la pose est difficile et que ce n’est pas fait pour vous, vous risquez d’être surpris(e) !


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